Gabriel Montcalme

Histoire :

Ce qui était jadis une plaine verdoyante se retrouve désormais le triste tableau vivant d’âcres zébrés par de longues et opaques coulisses de sang. Sidéré par cette aberration, seuls les cris alarmistes de mes compatriotes qui s’égosillent à me faire comprendre leur douleur parviennent à me tirer de ma torpeur. Mes lèvres s’articulent frénétiquement, mues uniquement par de vieux réflexes désormais innés qui me permettent d’avancer dans cette frénésie. Les paroles proférées, autant pour me donner le courage nécessaire que pour pallier à la souffrance des miens, sont la seule source de réconfort que je puisse trouver en ce moment. Les paumes profondément appuyées sur la plaie béante d’un fantassin me murmurant ses dernières paroles, j’entrevois l’éclat rutilant du soleil qui réfléchit sur la lame de métal qui s’apprête à me pourfendre. Incapable de fermer les yeux, j’attends paisiblement mon trépas, serrant ma poigne sur ma bible. Rien ne vînt. Puis, le vacarme ahurissant du métal s’entrechoquant contre le même matériau. Quelle n’est pas ma surprise d’apercevoir le père Faradrin qui vient d’expédier dans l’autre monde d’un simple coup de masse l’auteur de ce qui aurait été ma mort certaine. Le plus sidérant demeure le doux sourire qu’il prend la peine de m’adresser avant de m’aider à me relever. Ensemble, nous nous cambrons fermement sur nos pieds et nous refusons de céder la moindre parcelle de terrain à ces bêtes.

Les paroles bénites d’Issia nous accompagnent, mais ne sont pas suffisantes pour empêcher le carreau sifflant vers moi. Inconscient de ce qui m’attend, le père Faradrin plonge complètement sur moi. Couchés face à face, je le vois toujours avec le même rictus apaisant, mais seules quelques secondes suffisent pour laisser une fine fleur d’écume rosée apparaître à ses lèvres. Les yeux complètement écarquillés, je tente péniblement d’hurler le mélange de rage et de tristesse qui s’empare de moi, mais rien à faire. L’homme de foi m’appose sa paume droite sur le cœur et me susurre quelques mots à l’oreille. Usant de toutes les dernières parcelles d’énergie qui le maintenaient en vie, il s’éteint au même moment où je me relève. J’obéis à son dernier commandement et court aussi vite et loin que possible. Je ne les vois, mais je sais pertinemment que le son qui martèle mes tempes est celui de carreaux supplémentaires ricochant sur le bouclier invisible dont je suis doté pour on ne sait combien de temps encore. Ainsi, mon vieil ami et père spirituel aura trépassé en m’accordant la protection nécessaire, que les dieux veillent sur lui désormais.

3 semaines plus tard
Immobile dans une pièce aphasique, seul le mince filet d’air s’échappant de mes narines fait osciller les flammes des cierges devant moi. Voilà bien longtemps que je suis revenu à Colsansfaille et que mon esprit se serait désintégré si ce n’eut été des bons et vaillants soins et attentions de mes confrères et consœurs. L’abbaye de Boisdespins est toujours sans le moindre chef spirituel, le père Faradrin leur manquant cruellement. Je fus approché car, selon ses dires, j’étais son plus prometteur élève afin de le seconder, une fois le trépas venu. Quelle honte que celui-ci ai dû survenir de la sorte…Je songe de plus en plus à accepter ce poste car mes enseignements d’Issia ont atteint leurs limites depuis fort longtemps déjà. Toutefois, la compassion et la bonté dont faisait preuve mon vieux maître me manqueront peut-être. Après tout, j’apprendrai mieux que quiconque en étant dans ce rempart spirituel. J’entrouvris donc la lettre, glissant une fine lame sur le sceau qui la tenait pliée en trois. À peine avais-je suffisamment enduit d’encre ma plume que le battant de la porte s’écarta. Devant moi se tenait le lieutenant de la garde Horminion. M’apostrophant sans grand tact, il m’annonça qu’ils avaient retracé les troupes contres lesquelles nous nous étions battus trois semaines auparavant. Je hochai tranquillement la tête, satisfait de savoir que coupables seraient punis, qu’il poursuivît en m’annonçant avoir découvert le meurtrier de père Faradrin.

Je ne saurai dire si cela fut ce qui me bouleversa davantage. Ça ou le fait que nous avions hébergé ce criminel et lui avions donné la pitance il y a de cela quelques mois. Il s’agissait d’un ancien noble qui s’était retrouvé à la rue, ayant complètement perdu sa fortune dans de nombreuses dettes contractées. Refusant la vie qui s’offrait à lui, il avait trouvé refuge avec une horde de brigands et s’était même servi des quelques derniers avoirs qu’il possédait afin de se monter un groupe de mercenaires qui pillaient nos caravanes. Désormais, il était confiné à une cellule exigüe dans la prison à cinq lieux d’ici. Je priai aussitôt le lieutenant Horminion de quitter la salle et j’inscrivis le nom de frère Alzar au bas de la lettre préalablement reçue. Je savais pertinemment qu’il ferait un excellent prêtre au sein de notre église. Pour ma part, j’empoignai les quelques affaires me restant ainsi que ma masse. Je parti dès lors en voyage, me dis-je, sillonnant les terres afin de protéger les braves âmes des êtres corrompus et souillés tels que ce noble. Toutefois, un petit détour s’imposerait dans mon itinéraire. Je passai vers les geôles afin de rendre une dernière visite à celui qui ne sût accepter les enseignements d’Issia.

Physique :
Vers la fin de la vingtaine, Gabriel est d’assez petite taille (5 pieds 6 pouces) qui est largement compensée par la forte carrure qu’il impose. Ses cheveux noirs de jais sont toujours attachés en une natte qui lui tombe dans le dos, un peu plus bas que les épaules. Vivant de peu, il s’habille régulièrement avec de vêtements larges et simples, et seule la chevalière qu’il porte constamment à la main gauche attitre de son passé. Il lui manque un orteil, blessure qui provient d’une vieille campagne, mais il répugne à en parler.

Psychologique :
Doté d’une grande patience, Gabriel sait s’entourer des bonnes personnes et répugne grandement à se tenir aux côtés de ceux qu’il juge pervertis. De bonne foi, sa grande franchise et son entêtement à compléter ce qu’il commence lui ont souvent valu de grands éloges comme de fortes remontrances. Très réfléchi, il sait masquer ses émotions aux autres, mais terminera bien souvent par les catalyser en une rage terrifiante au combat. Très brillant, il se sert de cette intelligence pour parfois venir interpréter les saints écrits de manières à justifier ces actes. Gabriel reste très marqué par les pertes encourues à cause des guerres et il répugne plus que jamais à les encourager. Toutefois, ne sachant comment éradiquer complètement ce mal, il se fait un parfait représentant de la frénésie guerrière. Malgré ce qu’on lui a appris, sa rancœur est légendaire et il n’a pas le pardon facile.